Opération de représailles du Jeudi 11 mai 1944

lundi 27 avril 2009
par  Laurent Carles
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Dans la nuit du mercredi 10 au jeudi 11 mai, à partir de minuit, Figeac est réveillée par un bruit assourdissant d’engins motorisés qui se succèdent dans les rues : c’est une partie de la division SS blindée Das Reich, régiment Der Führer, cantonnée à Valence-d’Agen et des Compagnies autonomes de Moissac, commandées par Diekmann remontées par Lauzerte, Montcuq, Cahors et qui ont pris la route de Figeac par le causse, ainsi que d’autres bataillons du même régiment, stationnés à Caussade, Montauban, Nègrepelisse, Caylus, commandés par Heinz Werner, qui arrivent à Figeac via Limogne.

Leur point de ralliement devait se situer au village Le Bourg sur la RN 140. Arrivant par l’avenue de Toulouse, ils traversent la ville et, par la route de Planioles, se dirigent vers le nord et le nord-est du département.

Plusieurs centaines de véhicules et d’engins de toutes sortes passent ainsi : chars lourds, chars légers de cavalerie, canons, chenillettes, automitrailleuses, camions, motos… Environ 12.000 hommes avaient été mobilisés pour cette opération : le défilé se poursuit pendant quatre heures sans interruption.

Au petit jour, tout est passé. La population rassurée, croit à un simple déplacement de troupes.

Il en était tout autrement : c’était le début d’une opération de grande envergure destinée à briser la Résistance dans tout l’arrondissement. Tout était prévu : horaires et points de départ, heures d’arrivées sur les lieux d’opérations, unités engagées, objectifs, nom de l’informateur, etc…

Adolf Diekmann

L’objectif pour cette journée du 11 mai, est de visiter et d’occuper presque toutes les communes de la zone situées autour de Figeac pour, la nuit suivante, se concentrer sur la ville elle-même afin d’y procéder à des arrestations massives.

Très tôt, des détachements SS font irruption dans Gramat, rassemblent la population et après un tri arbitraire, font conduire 27 personnes à Figeac, dont onze de confession juive qui furent déportées et périrent dans les camps.

Après 4 heures, à Cabrerets, un ouvrier agricole est abattu, un fermier et son domestique arrêtés, des fermes pillées et même une incendiée.

A 6 heures 30, Lauzès est cerné. Après avoir occupés la Poste, désarmés les gendarmes, les troupes allemandes rassemblent la population sur la place. Pendant ce temps des maisons sont fouillées et pillées. Deux femmes (Jeanne Moncoutié et sa fille Berthe) qui menaient leurs moutons au pré sont tuées et plus loin un homme de 66 ans (Adrien Lalo) est abattu dans son jardin. Les hommes arrêtés furent relâchés après vérification de leurs papiers.

Puis c’est le tour de Orniac, où le même scénario se répète : rassemblement des hommes sur la place, pillage des maisons. Mais les hommes seront relâchés, à l’exception du maire et de deux de ses concitoyens qui furent emmenés. Deux seront déportés. A Blars, les Allemands fouillent et pillent les maisons et font main basse sur tout ce qui a de la valeur ainsi que du ravitaillement. Onze habitants sont arrêtés.

Dès le matin du 11, les unités FTP avaient reçu l’ordre d’accrocher les allemands par embuscade, partout où ce serait possible en dehors des agglomérations. C’est ainsi que près de Livernon, les 30 maquisards du détachement « Gabriel Péri » attaque un convoi de blindés du régiment « Der Führer » ; une automitrailleuse, trois chars légers sont détruits et une quinzaine de soldats allemands sont mis hors de combat. Un maquisard sera blessé, mais la ferme du Mas-de-Périé est incendiée en représailles.

Une patrouille du maquis « France » tombe par surprise sur un détachement Allemand sur la D 653 et tue cinq soldats.


 

Dès leur sortie de Figeac par la RN 140, au premier embranchement rencontré en haut de la côte de Planioles, une dislocation de la colonne se produit. Il en sera de même à de nombreuses autres intersections : des groupes armés se détachent et se dirigent ainsi dans toutes les directions.

En ce 11 mai, les Allemands passent à Grèzes ; deux jeunes qui s’enfuient en courant à l’arrivée de la colonne blindée, sont mitraillés. Ils ne seront heureusement que blessés. Les allemands cernent Le Bourg, demandent aux hommes de se rendre place de l’église. Les premières personnes interrogées sont relâchées ; cependant, vers quinze heures, sans que personne puissent leur parler, onze sont chargées sur des camions.

Dès 8 heures du matin, occupation totale de Lacapelle-Marival. Une fouille des maisons s’effectue, les hommes doivent se rassembler sur la place, et après une sélection arbitraire, 77 sont arrêtés et chargés vers 18 heures dans des camions, avec les autres prisonniers du secteur, pour être emmenés à Cahors où ils passeront la nuit, avant d’être emmenés à Montauban.

Ce 11 mai, les troupes venant d’opérer si durement à Lacapelle et au Bourg sont les mêmes qui, en haut de la côte de Planioles avaient pris la route de Paris.

L’autre colonne avait continué en direction de La Châtaigneraie et était ainsi arrivée à Cardaillac vers 6 heures du matin. En y pénétrant, les soldats tirent des rafales de mitraillettes de tous côtés, pour affoler la population qui court en tous sens, à la merci des balles ennemies. Après avoir cernés la localité ils installent une mitrailleuse dans le clocher de l’église.

Les officiers parlementent longuement avec le maire, Monsieur Lafage qui ne se laisse aucunement influencer par leurs menaces. Durant l’interrogatoire, les soldats font sortir des maisons tous les hommes de 16 à 60 ans et les amènent sur la place, effectuant un tri. Deux hommes qui ont essayés de s’enfuir furent abattus. Les SS très nerveux, ouvrent le feu sur tout ce qui bouge : c’est ainsi qu’ils tirent sur deux femmes qui gardaient leur troupeau dans un pré. Une fut abattue et l’autre grièvement blessée. Finalement, tous les otages seront relâchés.

Le lendemain 12 mai, une autre colonne allemande cerne le village et y effectue alors un pillage systématique. Cependant, encore une fois grâce au maire, qui explique à l’officier commandant le détachement, qu’une unité allemande est passée hier et a effectué la vérification de l’identité des habitants, le convoi repart en direction de Figeac.

D’autres troupes avaient continuées sur Latronquière où elles arrivent vers six heures trente. En quelques minutes l’agglomération est cernée par au moins 2000 soldats. La poste, la gendarmerie sont occupées. Tous les habitants sont rassemblés sur la place puis amenés dans un pré, hommes d’un côté, femmes de l’autre. S’ensuivent des interrogatoires parfois violents. Le chef du détachement, furieux de ne pas avoir obtenu les renseignements qu’il cherchait, retient tous les hommes valides et donne ordre aux autres de rentrer chez eux. S’ensuit un pillage sûrement prémédité dans lequel disparaissent tous les biens précieux, toutes les maisons ayant été soigneusement visitées de la cave au grenier. Des maisons sont incendiées.

Vers 14 heures des camions arrivent de Sousceyrac ; les quarante hommes arrêtés, dont le maire, le juge de paix, le percepteur, l’instituteur, l’huissier, deux facteurs, trois gendarmes, y sont entassés et prennent la direction de Cahors où ils sont cantonnés dans les caves du lycée de jeunes filles. Le lendemain, ils rejoindront les autres déportés de la région à Montauban. Quinze mourront dans les camps. Dans l’église paroissiale Saint-Jean-Baptiste de Latronquière, le chemin de croix peint par Pierre Delclaux, élève de Jean Lurçat, retrace le calvaire des habitants capturés par les SS.

Cette nuit à Latronquière sera une nuit épouvantable : chants de soldats ivres, hurlements, pillages.

Le lendemain matin, vers 6 heures c’est le départ des troupes, une partie vers Saint-Hilaire-Bessonies où a lieu ce jour là l’incendie du hameau de Gros-Cassan et en partie vers Lauresses et Maurs. Dans l’après-midi, un char isolé, probablement égaré, fait irruption. Ses occupants visitent plusieurs maisons et remplissent le véhicule de leur butin. Un cultivateur est abattu dans son pré.

A Souceyrac, quinze hommes sont arrêtés, deux d’entre-eux seront fusillés à Montauban le 16 mai. Trois autres ne reviendront pas des camps. A quelques kilomètres de là, à Saint-Cirgues, un autre détachement opère un pillage très poussé du village mais aucune autre exaction ne sera commise.

Après le départ des camions de prisonniers, toutes les automitrailleuses quittent Latronquière en direction de Molières. En un quart d’heure le village est visité et pillé de fond en comble. Un homme de 37 ans est abattu, trois autres sont emmenés. Les allemands restent peu de temps, le voisinage des forêts épaisses semblant les impressionner.

C’est dans les communes situées aux alentours immédiats de Latronquière que la pression allemande se fait le plus particulièrement sentir en cette journée du 11 mai.

A 6 heures, venant de Rouqueyroux, les allemands sont à Gorses où ils pillent les maisons, rassemblent la population dans un pré face au foirail, prennent neuf otages. Ensuite, ils se dirigent vers Terrou en tirant des balles incendiaires dans la broussaille sèche bordant la route, craignant en effet les embuscades du maquis, sur cette route escarpée. Plus de 50 hectares de bois sont ainsi ravagés par le feu.

Arrivés à Terrou, ils barrent les routes et fouillent toutes les maisons qu’ils pillent. Ils rassemblent les personnes qu’ils trouvent. Vers midi, ivres et furieux après des interrogatoires sans résultat, ils mettent en batterie les canons et bombardent le hameau de La Descargues situé à quelques kilomètres. Ils reprennent après la route de Figeac.

Terrou fait partie des « objectifs » de l’opération allemande, car ils pensent y trouver un important stock d’armes, du matériel, des équipements et pensent que le village abrite un nombre important de maquisards.

Durant les opérations dramatiques survenues à Lacapelle-Marival, Le Bourg, Latronquière, Terrou, les allemands avaient continué leur avancée dans la partie nord de l’arrondissement. Ainsi, ils sont signalés à Espeyroux, où ils dévalisent le bureau de tabac, à Leyme, à Saint-Maurice, au Bouyssou, à Saint-Vincent, à Lavergne, à Calméjane, à Sénaillac, à Teyssieu, etc… Ces villages n’eurent pas trop à souffrir ; quelques maisons furent cependant fouillées, des habitants interrogés, des coups de feu tirés pour semer la terreur.

A Saint-Maurice, quatre personnes furent amenés à quelques kilomètres de là pour y être interrogées, puis relâchées.

Toujours dans cette région, à Saint-Médard-Nicourby, trois personnes sont arrêtées et envoyées en Allemagne, une fût relâchée quelques jours plus tard, deux mourront en déportation.

On les voit ensuite à Saint-Hilaire-Bessonies à 7 heures du matin à bord de nombreuses chenillettes ; le village est bouclé en quelques minutes, les habitants rassemblés et interrogés.

Après leur départ, les habitants découvrent leurs maisons avec désolation : armoires défoncées, vidées de leur contenu, provisions alimentaires disparues ainsi que bijoux, argent, etc…

A 6 heures 30 Saint-Céré également envahi. La brigade de gendarmerie est occupée et les gendarmes désarmés. La population est prévenue que les hommes valides doivent se présenter devant la mairie, pour un contrôle d’identité. Vers 11 heures, deux personnes sont arrêtées, conduits à l’Hôtel de Paris ou des soldats les questionnent, les fouillent, les maltraitent. Elles sont ensuite conduites devant le cadavre du jeune « Nanou » abattu le matin même par les allemands lors d’un barrage au lieu dit « La Maynardie », sur la route entre Aynac et Saint-Céré.

Devant le cadavre, les allemands se livrent à un odieux chantage, en les sommant de parler, afin de ne pas subir le même sort. Mais les deux habitants se taisent. Le soir les allemands font un tri et la majorité des hommes purent rentrer chez eux. Les autres sont conduits en autobus au camp de Caylus ; il y avait une trentaine d’israélites et une quinzaine de Saint-Céréens. Juste avant le départ du car, les deux habitants torturés sont embarqués eux-aussi. Plus tard tous furent dirigés vers la caserne de Montauban. Un est remis en liberté, on ne sait pourquoi, tandis que le second prend le chemin de l’Allemagne. Il sautera du train après Compiègne.

Le bilan de cette journée sera de 37 victimes raflées et déportées ; sur les 16 Saint-Céréens, 5 se sont évadés du train qui les emmène en déportation. Quatre seulement reviendront des camps. Sur les 21 juifs raflés et déportés, une seule femme reviendra. Pendant ce temps vers midi, les agriculteurs sont libérés et à dix-sept heures tous les autres.

Les allemands sont également signalés à Latouille-Lentillac, passent à Ladirat en direction de Sousceyrac qu’un groupe blindé d’une centaine d’hommes investit vers 6 heures 30. Sur la place, tous les hommes de la localité sont rassemblés par les soldats. Une quinzaine d’habitants furent conduits à Montauban. Parmi eux, deux jeunes infirmes y seront tués. Le motif de cette exécution, sera connu plus tard : « Inaptes au travail ». Un agent de liaison AS, qui passait par là et n’était pas informé, est pris et décède plus tard, des mauvais traitements que les militaires lui font subir. Trois des prisonniers ne reviendront pas d’Allemagne.

Alors commence un important reflux vers Figeac. Des centaines d’engins motorisés, des milliers de soldats, commencent à faire leur apparition vers 18 heures en ce jeudi 11 mai et occupent poste, gare, et principaux carrefours.

Ils cernent entre autre, l’hôtel Tillet où ils s’installent au premier étage, pour procéder aux interrogatoires. Vers minuit, une quinzaine d’ouvriers de l’équipe de nuit de l’usine Ratier, allant prendre leur travail, sont arrêtés et conduits à l’hôtel. Il en fut de même pour des mineurs de Saint-Perdoux allant prendre leur poste. Au matin, c’est le tour des garde-voies de communication rentrant chez eux après leur service.


Commentaires

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dimanche 7 juin 2015 à 15h03 - par  Gauvrit Thérèse

Je voudrais savoir combien de personnes furent envoyées en Allemagne lors de la rafle et combien n’en sont pas revenues ?

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